lundi 31 août 2015

Le cave se rebiffe : tournage et casting.



     En 1960, Jean Gabin est revenu au sommet de sa popularité. Il est devenu la grande star du cinéma français. Passé de son image de "Gueule d'amour" avant la Seconde Guerre mondiale à celle du gangster vieillissant (avec Touchez pas au grisbi, en 1954). Michel Audiard (encore lui) n'est pas étranger à ce retour au premier plan. En effet, depuis Gas-oil en 1955, Audiard lui concocte des répliques qui tuent, des dialogues gouleyants, dont les engueulades mythiques du Président, les invectives d'Archimède le clochard, les interrogatoires musclés du commissaire Maigret.

L'écriture
     Douzième collaboration entre Gabin et Audiard, Le cave se rebiffe se révèlera être sans doute le plus grand florilège de répliques "qui tuent". Gabin retrouve sur le tournage Gilles Grangier derrière la caméra, qu'il connait depuis 1936. Le cave se rebiffe est une adaptation très libre du roman éponyme d'Albert Simonin, deuxième volet des aventures de Max le menteur (le 3ème volet sera Grisbi or not grisbi, connu au cinéma comme Les Tontons flingueurs). Les dialogues du roman ont d’ailleurs été totalement réécrits, en douze jours, par Audiard pour offrir un rôle de vrai dur à Gabin. Lorsque Simonin, Audiard et Grangier présentent le scénario à Gabin, chez lui à Deauville, celui-ci accepte le rôle immédiatement. Il est tellement heureux qu'il garde même ses trois complices chez lui pendant 48 heures.

Le casting
     Lorsque Gabin, Audiard et Grangier choisissent ensemble le casting, ils ne font pas dans la dentelle. Que des stars : Bernard Blier, Maurice Biraud, Franck Villard, Robert Dalban... 
     Gabin fait également embaucher Martine Carol, à un moment difficile de sa carrière. Pourtant, cela a mal commencé. Martine Carol donne une interview à un journaliste, qui titre sur la rumeur (totalement fausse) de leur liaison passée. Lorsque Gabin met la main sur l'article, il pique une énorme colère, menaçant de faire renvoyer Martine Carol à la prochaine incartade. 
     Durant le tournage, l'actrice traverse également une période compliqué, se réfugiant dans l'alcool. Conséquences : problèmes de de mémoire et de concentration. Pendant une scène où elle donne la réplique à Gabin, Blier, Villard et Balpêtré, elle doit ouvrir une porte dans un décor qui en comporte plusieurs. Malgré les prises à répétition, elle ne parvient pas à ouvrir la bonne porte. Grangier pique une colère, alors que Gabin, riant aux larmes, la défend et lui conseille d'aller se reposer. 
     Un des personnages devait être incarné par Gabrielle Dorziat. Le rôle était même écrit pour elle, mais suite à une modification de l'histoire, Simonin et Audiard se rendirent compte que le personnage conviendrait mieux à Françoise Rosay. Le contrat de Gabrielle Dorziat étant déjà signé, c'est Gabin en personne qui la fera venir au studio pour lui annoncer que le rôle ne lui convenait plus. L'actrice, magnanime, accepta sa décision. Pour se faire pardonner, Gabin la fit embaucher dans son film suivant, Un singe en hiver.



Le tournage
     Sur le plateau, l'humeur de Gabin est badine et l'ambiance est heureuse. Gabin accumule les blagues avec Blier et taquine gentiment Frank Villard.
     Lors du tournage d'une scène, alors qu'il donne la réplique à Villard, Gabin lance tout bas qu'il a la braguette ouverte. Impossible pour Villard de rester sérieux.
     Gabin, opposa un non ferme et définitif au tournage de la scène où il rencontre Blier en Amérique du Sud, car il refuse de se hasarder sur des terres étrangères. Finalement, la scène sera tournée en Normandie, tout près de sa propriété de Deauville.

La sortie
     Lorsque Le cave se rebiffe sort en salle, la critique sera mitigée, mais le public fera un triomphe aux aventures du Dabe (le Roi en argot) et de son cave.
     Audiard confiera plus tard que ce film était un de ses préférés et qu'il adorait la scène mythique entre Jean Gabin et Françoise Rosay. Avec ce film, la côte d'Audiard va s'envoler, et il touchera 30 millions de francs par film, soit 5 millions de plus que l'année précédente et le double de trois ans plus tôt.


Voir aussi :
- Le tournage des Tontons flingueurs et la scène de la cuisine.
- Le réalisateur Georges Lautner est mort.
- Un coffret collector à l'occasion des 50 ans des Tontons Flingueurs
- Script intégrale des Tontons Flingueurs
- Anecdote : L'origine du film Ne nous fâchons pas

2 commentaires:

  1. Que de bons moments ! Le noir et blanc est sublime

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  2. Merci pour ces résumés instructifs et passionnants. C'est un bonheur de retrouver tout à la fois Audiard et ses acteurs fétiches !

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