mercredi 9 mars 2016

Un portrait, une voix : Patrick Floersheim.


     C'est une bien triste nouvelle qui est tombée le vendredi 4 mars 2016. puisque nous avons appris que Patrick Floersheim est décédé des suites d'une longue maladie, à l'âge de 71 ans. Il est surtout connu pour avoir doublé Michael Douglas et Robin Williams.

     Né d'un père diplomate pour le plan Marshall, puis, conseiller commercial de la France pour les États-Unis et d'une mère femme au foyer, il a été habitué aux voyages dans sa jeunesse, vivant d’abord avec sa famille aux États-Unis, d'abord à Washington, puis un peu partout dans le pays. Adolescent, Patrick Floersheim passe quelques années au Brésil. Il étudie notamment au lycée Pasteur de São Paulo. Il parle alors couramment anglais.

     Il débute au cinéma avec des rôles secondaires dans des films américains, dont Marseille Contrat (1974) et Moonraker (1979). C'est également à cette époque qu'il se met au doublage pour des rôles importants : il double Mel Gibson dans Mad Max, Kurt Russell dans Le Roman d'Elvis (1979) ainsi que Dustin Hoffman dans Kramer contre Kramer (1979) sous la direction de Jacqueline Porel.
     Elle lui propose alors de doubler Robin Williams, notamment dans Le Pouvoir de l'argent (1986), Good Morning, Vietnam (1987), Le Cercle des poètes disparus (1989) et Madame Doubtfire (1993).

     Bien que comédien de doublage, il a aussi joué devant la caméra dans les années 80. En 1986, il tient le rôle principal du film Je hais les acteurs, de Gérard Krawczyk et en 1990, il interprète le rôle du Père Noël assassin dans 3615 code Père Noël, réalisé par René Manzor. Durant cette période, il prêtera sa voix à Arnold Schwarzenegger dans Le Contrat (1986) et Jumeaux (1988), à Dennis Hopper dans Blue Velvet (1986), Peter Weller dans Robocop (1987), Tom Berenger dans Né un 4 juillet (1989)...

     En 1988, il commence à doubler Michael Douglas dans Liaison fatale et va le suivre vocalement dans près d'une trentaine de films, dont Basic Instinct (1992), The Game (1997), Traffic (2000), The Sentinel (2006), Présumé coupable (2009), Wall Street: L'argent ne dort jamais (2010) et dernièrement Ant-Man (2015).

     Floersheim doublera également, et régulièrement, Jeff Bridges (Tucker, True Grit), Ed Harris (Rock, Apollo, Un homme d'exception, Gone Baby Gone), James Belushi (Double détente), Chris Cooper (American Beauty), Willem Dafoe (Danger immédiat), Geoffrey Rush (Pirates des Caraïbes), Michael Chiklis (The Shield) et bien d'autres !


     Patrick Floersheim dirige également les comédiens de doublage, en réalisant la direction artistique des doublages suivants : la série Weeds (2005-2014), Wallace et Gromit : Le Mystère du Lapin-Garou (2005), Green Zone (2010)...
     En 2014, Patrick prouve, une fois de plus, qu'il était un grand comédien, tout simplement, en interprétant sur scène un de ses derniers rôles dans Le Manuscrit de Rembrandt au théâtre de l'Essaïon.

     Pour l'anecdote, il était la voix off pour la radio et la télévision du dispositif Alerte-Enlèvement, en France.

Émission de Nathalie Karsenti, Il était une voix
consacrée à Patrick Floersheim.

Voir aussi :
Un portrait, une voix : Patrick Poivey
Un portrait, une voix : Francis Lax
Un portrait, une voix : Bernard Métraux
Un portrait, une voix : Jean-Pierre Moulin
Un portrait, une voix : Emmanuel Curtil

vendredi 26 février 2016

Quand M6 censure la saison 10 de X-Files.


Scène floutée...
     Ce 25 février, M6 faisait son grand coup de communication pour l'arrivée de la saison 10 de X-Files, quatorze ans après la saison 9. Battage médiatique et audiences phénoménales garanties. Sauf que la plupart des fans se sont déjà procurés les épisodes de cette saison en VO sous-titrée (merci Internet). Les fans en ont profité pour revoir ces épisodes en version française. David Duchovny est bien doublé par Georges Caudron, et Scully par Danièle Douet (suite à la disparition de Caroline Beaune, la voix de Scully dans les neuf premières saisons). Le marathon X-Files organisé par M6, de 20h55 à 6h30 le lendemain, avait tout pour plaire.

     Une ombre allait pourtant entacher ce magnifique tableau : la censure.  En effet, lors de l'épisode 2 de la nouvelle saison, les fans ce sont rendu compte de la supercherie en voyant des scènes recadrées, floutées, voire totalement disparues. La scène la plus touchée est sans conteste celle des enfants difformes. Une partie de la scène, qui aidait à la compréhension, a été purement et simplement coupée.


Scène recadrée...
     Contactée, M6 indique que "certaines coupes de deux à trois secondes ont été effectuées, car certaines scènes ont été jugées choquantes pour un public jeune et ne respectaient pas la réglementation CSA pour une diffusion en prime time". Puis la chaîne ajoute : "Nous sommes en période de vacances scolaires actuellement. Par conséquent, notre vigilance doit être accrue dans cette période. Ces coupes ont été autorisées, car elles ne dénaturaient aucunement l’œuvre, ni ne nuisaient à la compréhension de l’épisode". M6 a ensuite indiqué qu'elle "est responsable de son antenne et attentive à ne pas choquer ses téléspectateurs". 

     Toujours est-il que le groupe M6 n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'il a déjà censuré les épisodes des Simpson où apparaissait la marque de bière Duff, fictive à l'époque de la création des épisodes.
     La destruction partielle des œuvres est donc une habitude chez les censeurs. Si la Joconde apparaissait, M6 flouterait-il son décolleté plongeant ?

     Ironie du sort : il est prouvé que ce type de censure encouragerait les gens à se procurer (plus ou moins légalement...) les épisodes incriminés...


Là où M6 montre un regard, la vrai version
montre ce qu'il se passe réellement...
Vous ne verrez pas cet enfant dans la version de M6.

mercredi 24 février 2016

Le remake de Ça de nouveau sur les rails ! [Mise à jour : 29 mars 2017]


Mise à jour du 29 mars 2017


     La première partie du remake de Ça est en pleine post-production. Alors qu'une première bande-annonce vient d'être dévoilée, une projection test a eu lieu début mars. Selon le producteur du film Seth Grahame-Smith, Stephen King lui-même a assisté à cette projection et a été très satisfait de cette nouvelle adaptation de son roman. En tout cas, c'est ce qu'il a révélé sur Twitter.


"Steve (Stephen King) m'a dit de vous dire qu'il avait assisté à une projection test de IT aujourd'hui et qu'il voulait que tout le monde sache qu'il fallait arrêter de s'inquiéter à son sujet car les producteurs ont fait un super boulot". 

     Voilà qui semble être bon signe !





Rappel des épisodes précédents :
     Il y a déjà un bon moment (c'était en 2012), je vous parlais d'un remake de Ça qui était en route. Frayeurs dans les foyers, le clown Grippe-sou allait revenir nous hanter. Les coulrophobes (les gens qui ont peur des clowns) commençaient déjà à frissonner. Et finalement, Cary Fukunaga, qui devait réaliser au moins un des deux films prévu, a finalement jeté l'éponge pour des raisons budgétaires. New Line souhaitait en effet réduire les coûts de production. Le projet était alors fortement compromis. 

Le projet est de retour officiellement.
     Le projet d'un remake de Ça est finalement de retour ces jours-ci. Cette fois, c'est Andres Muschietti ("Mama", 2013) qui a été chargé de réaliser ces films d'épouvante. Le tournage du nouveau "Ça doit commencer à la fin de l'année 2016, pour des sorties à partir du 18 septembre 2017 dans les salles US.

Ça, incarné par Tim Curry dans le téléfilm de 1990.
 Sortie du premier film le 18 septembre 2017.
     Je dis bien DES sorties. En effet, ça ne devrait pas être un, mais deux films qui devraient sortir.

     Pour l'instant, peu d'informations ont filtré sur ce remake. "J'espère que nous tournerons le film plus tard dans l'année", a confié le producteur du projet, Roy Lee, sur le site Collider. Et d'ajouter : "Nous avons obtenu le crédit d'impôts californien, Gary Doberman a écrit la version la plus récente du scénario avec Andres, et le film se découpera en deux parties. Nous ne sommes pas loin d'arriver au script final et nous travaillons principalement à le faire entrer dans le budget dont nous disposons".

     Ce qui est sûr, c'est que le scénario doit être très proche de l'œuvre originale écrite par Stephen King et sortie en 1986. Et les deux nouveaux films pourraient être certainement classés R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés) aux USA, ce qui préfigure un film plus violent que le téléfilm de Tommy Lee Wallace, sortie en 1989.


Bill Skarsgård en clown tueur.
Bill Skarsgård interprètera Grippe-sou.
     Tim Curry, qui jouait le rôle du clown dans le téléfilm, ne reprendra malheureusement pas son rôle. En effet, terrassé par un accident vasculaire cérébrale en 2012, il est toujours confiné à un fauteuil roulant...
C'est finalement l'acteur Bill Skarsgård (Divergente 3) qui endossera le costume du clown maléfique.

     Mais alors, qui devra subir les assauts du clown tueur ? Le réalisateur Andres Muschietti a choisi les acteurs Jaeden Lieberher (Midnight Special), Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Wyatt Oleff, Chosen Jacobs et Jeremy Ray Taylor pour jouer le rôle des enfants du "Club des Ratés".

Mais au fait, ça parlait de quoi, déjà ?
     L'histoire de Ça débute en 1958, dans une petite ville américaine du Maine nommée Derry, où des enfants disparaissent mystérieusement après avoir rencontré un étrange clown. Un groupe d'enfants un peu marginalisé, le club des losers, est confronté à une série de meurtres orchestrés par Ça, une créature vivant dans les égouts, se nourrissant d'enfants et de leurs peurs les plus secrètes. Ensemble, ils décident de se liguer contre la créature et parviennent provisoirement à l'arrêter.
     Des années plus tard, en 1984, alors que les membres du club des losers sont devenus adultes et ont partiellement oublié cette partie de leur vie, chacun reçoit un coup de fil pour l'avertir que Ça est revenu...
Le clown de 2017 est assez différent !
     Stephen King signe en 1986 ce roman terrifiant, qui traite autant des grandes peurs enfantines, de la laideur qui se cache sous une ville a priori lambda, et de la puissance de la mémoire.

lundi 25 janvier 2016

Un singe en hiver : court résumé, tournage et anecdotes.


L'histoire
     1944, à Tigreville (en réalité Villerville), dans le Calvados. Albert Quentin (interprété par Jean Gabin), autrefois fusilier-marin en Chine, tient l'Hôtel Stella avec sa femme Suzanne (jouée par Suzanne Flon). En plein bombardement, Albert promet à sa femme que si leur hôtel échappe aux bombardement, il ne boira plus une goutte d'alcool. L'hôtel ne sera pas bombardé, Albert tiendra sa promesse.
     15 ans plus tard, un inconnu débarque à Tigreville. Il s'appelle Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo). Et il boit. Beaucoup. Surtout pour oublier l'échec de sa vie sentimentale avec Claire, qui vit à Madrid alors que leur fille est pensionnaire à Tigreville.

Gabriel Fouquet : - Messieurs, votre accueil me bouleverse mais ne saurait égarer mon jugement. J'ai tout de même pas mal voyagé, ce qui me permet de vous dire en connaissance de cause que votre patelin est tarte comme il est pas permis, et qu'il y fait un temps de merde. 
Un client du bistrot : - Je suppose que Monsieur plaisante. 
Gabriel Fouquet : - Absolument pas ! 
Un client du bistrot : - Vous savez combien y'a eu de jours de soleil en juillet ? Dix-sept ! 
Gabriel Fouquet : - Soleil de mes fesses. Vous savez pas ce que c'est que le soleil. Vous l'avez jamais vu, vous !

     Albert, pris d'une certaine sympathie pour le jeune homme alcoolisé, ne peut s'empêcher de repenser à sa vie "d'avant", et à l'ennui de sa nouvelle vie sans alcool. Il n'hésite pas à dire : « Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l'ivresse ! ». Albert se rend compte qu'il n'a pas eu sa "dose d'imprévu".

Albert : - Écoute, ma bonne Suzanne, t'es une épouse modèle.
Suzanne : - Mof !
Albert : - Mais si, t'as que des qualités. Et physiquement, t'es restée comme je pouvais l'espérer. C'est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c'était à refaire, et bien je crois que je t'épouserais de nouveau. Mais tu m'emmerdes.
Suzanne : - Albert !
Albert : - Tu m'emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour ! Mais tu m'emmerdes ! J'ai pas encore les pieds dans le trou, mais ça vient, bon dieu ! Tu te rends pas compte que ça vient ? Et plus ça vient, plus je me rends compte que j'ai pas eu ma dose d'imprévu ! Et j'en redemande. T'entends ? J'en redemande !

     L'arrivée de Gabriel Fouquet dans sa vie va cependant changer la donne. Grâce à l'ivresse retrouvée, les deux hommes, qui n'ont "ni le vin petit, ni la cuite mesquine", vont connaître deux jours apocalyptiques. L'un va retrouver l'Espagne, l'autre... la Chine.

Esnault : - Ton client, là, Fouquet. Ton espagnol. Douze verres cassés ça te dis rien ?
Albert : - Monsieur. Primo, voilà quinze ans que je vous interdis de me parler. Deuxio, si vous ne vouliez pas qu'il boive, c'est simple, vous n'aviez qu'à pas le servir.
Esnault : - Alors là monsieur, je vous rétorque que, primo, je l'ai viré. Deuxio, les ivrognes y'en a assez dans le pays sans que vous les fassiez venir de Paris.
Albert : - Un ivrogne ?
Esnault : - Ah ben oui ! Un peu ! Même le père Bardasse qui boit quatorze pastis par jour n'en revenait pas !
Albert : - Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon Espagnol comme tu dis et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les Bois-sans-soif !
Esnault : - Les grands ducs !
Albert : - Oui, monsieur ! Les princes de la cuite, les seigneurs ! Ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qui ont toujours fait verre à part ! Dis-toi bien, que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries les seigneurs : ils sont à cent mille verres de vous ! Eux, ils tutoient les anges !
Esnault : - Excuse-moi, mais nous autres on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père !
Albert : - Mais, c'est bien ce que je vous reproche ! Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond, vous ne méritez pas de boire ! Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous !

     La belle euphorie des deux compères donnera même un duo a cappella sur la fameuse chanson Nuit de Chine. L'apothéose de cette nuit des "princes de la cuite" s'achèvera sur la plage, par un énorme feu d'artifice. Et puis chacun, finalement, retournera à sa vie d'avant.

Albert : - Matelot Hénault Lucien, veuillez armer la jonque, on appareille dans cinq minutes.
Hénault : - C’est parti
La tenancière : - Albert, je vous en prie, vous n’allez pas encore tout me saloper comme la dernière fois.
Albert : - Madame, le droit de navigation sur le Yang Tse Kiang nous est formellement reconnu par la convention du 3 août 1885. Contesteriez-vous ce fait ?
La tenancière : - Je ne conteste rien. Je vous demande simplement de ne pas tout me casser comme l’autre jour.
Albert : - Oh… mais pardon ! L’autre jour, les hommes de Chung Yang Tsen ont voulu jouer aux cons. Heureusement que j’ai brisé la révolte dans l’oeuf, sans barbarie inutile, il est vrai. On n’a coupé que les mauvaises têtes ; le matelot Hénault peut témoigner.

Hénault : - Sur l’honneur.
Albert : - Bon. Nous allons donc poursuivre notre mission civilisatrice. Et d’abord, j’vais vous donner les dernières instructions de l’Amiral Guépratte, rectifiées par le Quartier-Maître Quentin ici présent. Voilà : l’intention de l’Amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Wang-Ho au Yang-Tse-Kiang.
Hénault : - Le Yang-Tse-Kiang ?!
Albert : - Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Wang-Ho veut dire "Fleuve jaune", et Yang-Tse-Kiang "Flauve bleu". Je nesais pas si vous vous rendez compte de l'aspect grandiose du mélange. Un fleuve vert. Vert comme les forêts, comme l'espérance. Matelot Hénault, nous allons repeindre l'Asie et lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde.



Un film qui ne devait pas se faire !

      Au printemps 1961, Gabin est fâché contre Audiard, qui est parti en vacances en Italie sans avoir trouvé de sujet pour leur prochain film. Or, les caméras doivent commencer à tourner en octobre. Finalement, Gabin se calme en apprenant qu'Audiard a trouvé une idée : une adaptation du roman maritime de Roger Vercel, Au large de l’Eden, l'histoire d'un commandant de morutier en route vers le Groenland. Il demande alors à ce que tout le monde se réunisse le soir même à une table du Fouquet’s ; il ignore évidemment que personne n’a lu le roman. Mais Audiard ne se démonte pas pour si peu : « Tu comprends, y en a marre de ces films où t’as toujours le cul dans un fauteuil. On va te faire un film de grand large. Toi, Jean, qui aimes la mer, tu vas pouvoir la respirer à pleins poumons pour le coup ! Tu vas être à la barre d’un morutier luttant dans les tempêtes. Et pis ton regard bleu sur la banquise blanche, ça va être drôlement chouette ! Tu te vois déjà, non ? »
     Alors qu’Albert Simonin travaille à l’adaptation, Jacques Bar réserve un morutier auprès d’un armateur de Saint-Malo. Début septembre, il y fait monter Gabin… Mais quand Gabin, pressenti pour le rôle, monte sur le bateau il trouve que "ça sent la morue, et l'odeur du poisson et du gazole ça donne mal au cœur !". L'aventure commence mal... Lors de la lecture du scénario par Simonin, tout le monde est convaincu que ce film... n'est ni fait, ni à faire. Gabin refuse bien entendu ce film. A la Metro Goldwyn Mayer, on s'inquiète, car si Gabin ne tourne rien à la date prévue, il faudra lui payer un dédit.


     Michel Audiard propose alors une idée refusée par la MGM l’année précédente, une adaptation du livre d’Antoine Blondin, Un Singe en Hiver (prix inter allié 1959). La MGM l'avait refusé, n'y voyant qu'une histoire d'alcooliques. Mais cette fois, elle n'a plus vraiment le choix.
Audiard soumet toutefois une condition : Jean-Paul Belmondo doit interprète Gabriel Fouquet. Henri Verneuil fait donc appel au jeune acteur de la nouvelle vague, Jean-Paul Belmondo, 28 ans à l'époque, révélé 3 ans plus tôt dans A bout de souffle de Jean-Luc Godard.
     Bébel est impressionné par la proposition, car Gabin a été une de ses premières révélations. Mais avant de se demander s'il sera à la hauteur, il s'interroge sur son rôle et demande à Henri Verneuil s'il va « servir la soupe » à la star. « Regarde-moi bien dans les yeux, lui dit-il, on peut mentir à quelqu’un à court terme mais je ne me mettrai jamais dans cette situation et je te dis : vous avez deux rôles à égalité totale. » Belmondo accepte et le producteur Jacques Bar organise la rencontre entre les deux dans ses bureaux du 58, rue Pierre-Charon, à deux pas des Champs-Élysées. Gabin a alors 57 ans et à cette époque on l'appelle déjà "Le vieux", ses cheveux blancs et sa brioche y étant sans doute pour quelque chose ! Gabin accepte tout de suite de tourner avec Belmondo, bien qu’il n’ait jamais vu ses films. Pourtant, leur première rencontre est assez solennelle.
Belmondo : - Bonjour, monsieur.
Gabin : - Bonjour, monsieur.

Le tournage.
     Le film est tourné durant l'hiver 1962. Au début du tournage, les deux acteurs sont restés une semaine sans s'adresser la parole. Puis "ça s'est détendu !". Gabin lisait Paris-turf et Bebel L’Équipe, l'amour du sport a fini par rompre la glace... Ils ne se sont plus quittés. Gabin trouve alors en Bébel son fils spirituel. Il l'appelle "le môme". « Embrasse-moi, mec. T'es mes vingt ans ! », dit Albert à Gabriel. Tous deux ont la même décontraction face à l'objectif.

     Le tournage débute à Houlgate par les scènes d’ouverture du film se déroulant en 1944. Dès son premier jour, Gabin doit jouer l’ivresse, un état qu’il ne connaît pratiquement pas, malgré son penchant pour la boisson. Avec Paul Frankeur, il zigzague entre les explosions, dont l’une manque de faire passer l’assistant-réalisateur Claude Pinoteau de vie à trépas ! La semaine suivante, les prises de vue se poursuivent aux studios de Saint-Maurice.

     Le 11 janvier 1962, Jean-Paul Belmondo fait son entrée sur le film pour tourner les plans 364 à 368. Tous avec Gabin. Il s’agit de l’arrivée d’Albert et Gabriel au bar de Georgina, bien décidés à se saouler.

Gabriel : - Dites-donc, qu'est-ce que c'est votre endroit ?
Albert : - Eh ben, les gourmets disent que c'est une maison de passe, et les vicelards un restaurant chinois.
Gabriel : - Vous y allez souvent ?
Albert : - J'y allais...
Gabriel : - A votre avis, pour c'qu'on veut en faire, vaudrait mieux que ce soit canaille ou chinois ?
Albert : - Que ce soit fermé... 


     Une scène qui arrive au troisième tiers de l’histoire, alors que les deux hommes ont eu le temps de s’apprivoiser. En revanche, les deux acteurs, eux, se connaissent à peine. Mais Belmondo se laisse surtout conduire par Gabin dans ce lieu de perdition. Le lendemain, ils tournent la saoulerie proprement dite (plans 374 à 385), multipliant les toasts (au thé !), accoudés au comptoir.
     A ce moment du tournage, malgré cette complicité devant la caméra, les rapports entre les prises sont inexistants. Gabin ne facilite pas vraiment les choses. « Il ne pipe pas un mot et vous regarde comme si vous étiez un paillasson, raconte Belmondo. Au bout d’un moment, cela devient gênant. Il semble se balancer totalement de ce qu’il va jouer ou ne pas jouer, et l’on se demande s’il a remarqué votre présence. Il lit Paris-turf en mangeant et ne salue personne, comme s’il était inconnu dans le studio où il prend ses repas. Comme je n’ai pas l’habitude d’aller lécher les orteils de ce genre de types, je l’ai laissé dans son coin. »
     Le premier assistant-réalisateur Claude Pinoteau apporte cependant une précision à propos de l'attitude du « Vieux » sur un tournage : « Il ne parlait jamais. Quand il arrivait sur le plateau (même les jours où il ne tournait pas, il était là), il s'asseyait sur son fauteuil et regardait tout le monde. Si un technicien n'était pas à la hauteur ou se montrait antipathique, il en faisait assez vite sa tête de turc. Mais il respectait beaucoup les pros, les gars qui faisaient leur métier. Il observait un mutisme assez courant, souvent parce qu'il lisait son journal mais surtout par respect, parce qu'il faut du silence sur un plateau. Et ça l'amusait beaucoup plus d'être là et d'observer, plutôt que de rester dans sa loge. Dès que Belmondo est arrivé, ils étaient tous les deux sur des fauteuils, l'un à côté de l'autre. Comme Gabin ne parlait pas, Jean-Paul respectait son silence et il ne parlait pas non plus. Gabin a dû lui adresser la parole une fois, à cause des répétitions. »


     Après ces deux jours en studio, l’équipe repart pour la Normandie. Les relations entre les deux acteurs sont toujours les mêmes. « Nous déjeunions ensemble, se souvient Jean-Paul Belmondo. Il lisait son canard et moi, L’Équipe. On ne s’est pas dit un mot en huit jours. »
     Pinoteau attribue aussi une part de ce silence au jeune acteur. « J'ai connu Belmondo sur d'autres films où il était plus extraverti, plus farceur. Sur celui-là, il était plus réservé, car il respectait infiniment Gabin qui l'impressionnait. Il mesurait la chance qu'il avait de jouer avec lui. Il avait le souci de faire le poids. Avec une telle personnalité, il pouvait craindre d'être estompé complètement par Gabin, de disparaître. Il était très motivé pour faire le mieux possible et, en même temps, avec une simplicité qui ressemble à Jean-Paul. »

     L'ancien observe son cadet et, petit à petit, se sent des affinités avec lui. Savoir qu’il a fait de la boxe et le voir lire un journal sportif y sont certainement pour quelque chose… Il apprécie aussi son naturel, cette façon de rester lui-même devant la caméra, tout comme lui. « Brusquement, un jour, Gabin m’a parlé avec une chaleur retenue que j’ai prise pour celle de l’amitié et je ne me trompais pas. Visiblement, il m’aimait bien. Mieux que ça. Nous sommes devenus de grands copains. Il a déclaré à tous les journalistes de passage que j’étais son successeur et que j’aurais pu tenir ses rôles d’avant-guerre aussi bien que lui. »
     Henri Verneuil le confirme : « Combien de fois il m’a dit : “Maintenant, vous ne me direz plus : ‘Il nous faudrait un Gabin d’il y a trente ans’ : il est là !” Gabin a adoré Jean-Paul. Il l’a senti. Et Jean-Paul avait la notion du respect sans être un lèche-bottes. »


     Cette amitié entre Gabin et Belmondo se ressent dans la scène tournée de nuit le 26 janvier, lorsque Jean serre Jean-Paul dans ses bras et lui dit : « Embrasse-moi, mec ! Tiens, t’es mes vingt ans ! » L’ambiance est détendue, surtout lorsqu'on en arrive aux scènes d'ivresse dans les rues de Villerville. « Gabin ne se retenait pas, se souvient Claude Pinoteau, il y allait carrément. Pour Belmondo , c'était plus facile de se lâcher, voyant Gabin se lâcher lui-même. Ils se sont amusés, et nous, derrière la caméra, on se bidonnait. Donc, ils étaient contents. » Quand il s'agit d'interpréter Nuits de Chine en duo, Jean-Paul révèle une inaptitude totale au chant ! « Je chante tellement faux que je le faisais dérailler : “Oh ! le con, disait Gabin, j’ai jamais vu ça. Tu le fais exprès !” Et il en pleurait de rire. »
     Et ce n'est pas l’arrivée de Noël Roquevert, qui joue le rôle de Landru le patron du bazar, qui va plomber l'ambiance, bien au contraire. « C’était un obsédé sexuel extraordinaire ! se souvient Belmondo. Il passait son temps à sortir des photos cochonnes, sa femme était à l’autre bout, sourde comme un pot, elle lui demandait : “Qu’est-ce que tu fais ?” Et lui, imperturbablement sec : “C’est rien, chéri, je montre le chien !” Gabin pleurait de rire. Toute la journée, Roquevert ne parlait que de cul. »

     Roquevert s’amuse encore plus lors du tournage de la scène des feux d’artifice, filmée sur la plage de Villerville. « Les premiers essais ont été mauvais parce que la poudre était humide et que Jean décampait avant même d’avoir allumé les mèches. Je me souviens très bien qu’il arrivait à pas lents devant les fusées qui devaient éclater. Il tendait la main et approchait le bâton enflammé vers la mèche qu’il devait allumer. Soudain, il était pris de panique et s’enfuyait à toutes jambes. Lorsqu’il revenait, sa main tremblait autant, sinon plus, et, une nouvelle fois, faisait demi-tour. Au bout de quatre ou cinq essais - enfin - il a réussi. Ces mèches allumées, nous devions partir en courant. Là, c’était prévu au scénario ! Belmondo, tel un gamin, me criait : “J’te gomme ! j’te gomme !”. Moi, plus gamin que lui, j’ai forcé l’allure… et je me suis claqué un muscle. »

     Les 1er et 2 février, Henri Verneuil tourne la fameuse scène de la corrida. À l’entrée de Tigreville, Gabriel Fouquet joue les toréadors avec les voitures de passage. Si un Espagnol lui donne des conseils pour acquérir les bons gestes, Belmondo se souvient surtout de la scène dont il a été le témoin à Saint-Germain-des-Prés, quelques années auparavant : Antoine Blondin lui-même s’était livré à cet exercice devant la Rhumerie martiniquaise ! La corrida motorisée est une vraie cascade qui présente des risques. L’acteur manque d’ailleurs de peu de se fracturer la main. S’il est déjà casse-cou, Belmondo n’en a pas encore la réputation, qui fera tant pour sa popularité. « Tu es fou ? lui dit Gabin. Ne refais jamais ça, Jean-Paul. On paie des gens pour prendre ces risques. »

     L'équipe repart en studio à partir du 6 février pour encore un mois de prises de vue. Un singe en hiver sort dans les salles le 11 mars et est présenté parallèlement à Cannes, pendant le festival mais sans en faire partie ! Une projection est en effet organisée au Rex, rue d'Antibes, pour les journalistes. « Je crains fort de manquer de vocabulaire pour vous décrire la joie ressentie par tous les ayants droit qui se sont battus pour assister à cet événement, écrit Steve Passeur dans L'Aurore. Pour une fois, nos jugeurs de films n'ont pas été avares de leurs éclats de rire. Ils retentirent, dans un style étonnant, pendant quatre-vingt-dix minutes. »

La fameuse scène du bar.
     Au niveau technique, rien de mirobolant. De toute façon, pas besoin de fioritures. Trois travellings, et le reste de la scène est tournée en plans fixes frontaux qui opposent les deux personnages au reste du bar.
     C'est une scène devenu culte, car la complicité entre Gabin et Belmondo y est évidente. La scène est rythmée par les dialogues impeccables d'Audiard.

La scène se fait en trois temps :
- Premier temps : ambiance ordinaire dans le petit bar normand. Les boules de billards s'entrechoquent, brouhaha des consommateurs.
- Deuxième temps : la porte s'ouvre d'un coup. Silence de mort. Étonnement. Belmondo et Gabin vont jusqu'au bar.
- Troisième temps : la voix de Gabin s'élève dans un silence de mort "Deux Calva !".
S'ensuit le dialogue entre Gabriel (Belmondo), Albert (Gabin) et Esnault (Paul Frankeur) :
Esnault : - Ah toi tu ferais mieux de t'en tenir là avant que tes espagnolades te r'prennent !
Gabriel : - Monsieur Hénault, si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille.
Esnault : - Dis donc p'tit malpoli, tu veux que j't'apprenne !
Albert : - Monsieur Hénault, je vous interdis de tutoyer mon homme de barre. J'vous ai d'jà dit qu'vous n'étiez pas de la même famille.
Esnault : - Alors toi j'te préviens si t'es venu pour me donner des ordres, j'vais vous virer tous les deux à coups de pompes dans le train !
     Après une bonne claque d'Albert au sieur Hénault, arrive le moment final : Albert et Gabriel partent.
Gabriel : - Albert. Y'm'font mal aux yeux. Tirons-nous.
Albert : -T'as raison, va. On n'a rien à foutre chez les français moyens. On n'appartient pas au même bataillon.
Esnault : - Et les calva, qui c'est qui va me les payer ?
Albert : - Adressez-vous à l’intendance. Nous, on ne connait plus, on ne salue plus.
Gabriel : - On méprise !
La porte claque. Le miroir tombe et se brise... Fin de la scène !

Anecdotes
     A force de les montrer en train de picoler à l'écran, Un Singe en hiver eu fort à faire avec la commission de censure qui y voyait une apologie de l'alcool. Et le ministère de la santé s'offusqua de la trop bonne visibilité des marques d'apéritifs à l'écran.
     A sa sortie, en mai 1962, l'histoire de ces deux ivrognes ne fait donc pas l'unanimité. Seul Jean Rochereau écrit dans La Croix: "Je sais je ne devrais pas écrire cela. Ce n'est pas bien, certes, de soutenir une œuvre querellée par le ministère de la santé publique mais qu'y puis-je si Un Singe en Hiver m'a mis le printemps au cœur..."

Albert : - Pourquoi buvez-vous ?
Gabriel : - La question m'a déjà été posée Monsieur le Proviseur !
Albert : - Probablement par des gens qui vous aiment bien !
Gabriel : - Probablement… Claire me la posait trois fois par semaine. Elle devait m'adorer.

mercredi 6 janvier 2016

"Les Huit Salopards", un Tarantino qui promet !


     Lorsqu'en janvier 2014, le scénario des Huit Salopards (The Hateful Eight, en VO) a fuité sur Internet, Quentin Tarantino n'était vraiment pas content (c'est le moins que l'on puisse dire). Après avoir un temps décidé d'annuler la production du film, le réalisateur de Pulp Fiction a finalement de reprendre son script et de le peaufiner.
     « Je n’irais pas jusqu’à dire que cet incident m’a été bénéfique, mais il m’a permis de prendre du recul sur l’histoire. Il m’a donné du temps. », a-t-il révélé à 20 minutes. « Contrairement à mon habitude où j'écris une seule version du scénario que je retravaille, j'en ai finalement fait trois différentes pour ce film, ce qui m'a permis de soigner certains détails qui ont eu le temps de mûrir dans ma tête », a-t-il poursuivi.

Synopsis :
     C'est un western se déroulant environ une dizaine d'année après la Guerre de Sécession. A bord d'une diligence parcourant le Wyoming, un chasseur de primes, John Ruth (Kurt Russel), et sa mystérieuse prisonnière Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh), qui se dirigent vers la ville de Red RockRuth est connu comme 'Le Pendu'. Son but ? Que Domergue soit jugée. Au cours du chemin, ils rencontrent deux étrangers : le Major Marquis Warren (Samuel L. Jackson), un ancien soldat noir devenu un chasseur de primes qui a mauvaise réputation, et Chris Mannix (Walton Goggins), un renégat du sud qui se prend pour le nouveau shérif.
     Se perdant dans une tempête de neige, Ruth, Domergue, Warren et Mannix trouvent refuge chez Minnie's Haberdashery, un lieu d'accueil pour voyageurs sur le chemin d'une montagne. Arrivés sur place, ils ne sont pas accueillis par le propriétaire, mais par quatre visages inconnus : Bob, qui garde les lieux pendant que le gérant rend visite à sa mère, est entouré par Oswaldo Mobray, le bourreau de Red Rock (Tim Roth), mais aussi le cow-boy Joe Cage (Michael Madsen) et le Général de l'armée des Confédérés le général Sandy Smithers (Bruce Dern). Coincés là à cause du blizzard, nos huit voyageurs prennent peu à peu conscience qu'ils n'atteindront peut-être pas Red Rock, après tout... Un huis clos qui risque bien de tourner au délire gore.

Une musique originale.
     Contrairement à tous ses autres films, Tarantino n'a cette fois pas pêché dans les grands classiques de la musique, mais voulait une musique originale. Et c'est le grand maître Ennio Morricone qui a accepté de s'y coller.
     « Il avait juré qu'il ne ferait plus de western, raconte Tarantino, mais il a contourné la difficulté en considérant la partition comme celle d'un film d'horreur, un peu comme The Thing (1982), l'une de mes influences principales pour cette histoire. »
     Le compositeur s'est d'ailleurs surpassé, puisqu'au départ, il ne devait écrire que le thème principal, puis il a donné de plus en plus de musique à Tarantino ! Un coup de chance !


Un tournage éprouvant.
     Tarantino commence à avoir une expérience significative, ce qui lui permet d'en jouer. En effet, il semble s'être particulièrement fait plaisir sur le plateau de tournage : « Je trouve la direction d'acteurs de plus en plus facile et amusante. », avoue-t-il.  
     Pourtant, interrogé sur le tournage, Samuel L. Jackson s'est laissé aller à quelques confidences. Le western a été tourné sur un plateau où la température était négative."On est tous angoissé à l'idée de voir ce film parce que chaque jour de travail était incroyable. C'était difficile, mais d'une façon très intéressante. On était dans la neige au début, et puis on s'est retrouvé dans cette pièce. Quentin a tourné sur un plateau réfrigéré, et il faisait moins un tous les jours là-dedans (...) On pouvait voir notre respiration dans l'air, mais ce qu'on faisait était exceptionnel (...) Et peut-être que la fumée sortait de nos culs, mais j'espère que le résultat sera aussi cool que ce qu'on a vécu pendant qu'on tournait".

     Autre plaisir que s'est fait le réalisateur : tourner sur pellicule 70mm, ce qui permet d'avoir une résolution supérieur à un simple film 35mm, tout en gardant le grain argentique, contrairement à la plupart des nouveaux films, tournés en numérique. En outre, le champ de vision est bien plus large.

     Voilà qui promet du lourd !

dimanche 27 décembre 2015

Élisa, de Jean Becker. Avec Vanessa Paradis et Gérard Depardieu.


     Je voudrais rapidement vous parler d'un film qui me tient à cœur. Ce film, c'est Élisa, un film de Jean Becker sorti en février 1995. C'est un film qui a eu un beau succès à sa sortie, mais est aujourd'hui quelque peu oublié. A tort, dans la mesure où il mérite le détour.

De très bons acteurs.
     Vanessa Paradis n'incarne pas son personnage de Marie, elle est Marie. Elle joue ici son deuxième rôle, après celui dans Noce Blanche (avec Bruno Cremer). Sa mère s'est suicidé un soir de Noël, alors qu'elle ne pouvait subvenir aux besoin de sa très jeune fille. Quant au père, il est parti depuis longtemps. Enfant de la DDASS, elle est amie avec Solange, jouée par une Clotilde Courau qui révèle son talent de comédienne et sais passer du rire aux larmes en quelques secondes (voir la scène de la cassette vidéo de Marie). A noter l'apparition de Samuel, le libraire, joué par l'immense Michel Bouquet. Quant à Gérard Depardieu, il confirme une fois de plus son jeu d'acteur d'une excellence devenue rare, avec ce personnage d'ancien artiste, musicien et peintre, alcoolique triste et désespéré.


Un film en deux parties.
     Durant la première partie du film, malgré le drame de Marie, l'histoire se veut plutôt humoristique. Marie, Solange et Ahmed profitent de la vie autant qu'ils le peuvent, d'autant plus que celle-ci ne les a pas épargnés. Ils font les quatre cents coups, gâchent un mariage, prennent le taxi gratuitement, s'incrustent chez leur ami Kevin, joué par Olivier Saladin (si, si, vous voyez qui c'est, c'est le médecin légiste Pluvinage dans la série Boulevard du Palais. Et il fit également les beaux jours des Deschiens.).

     La seconde partie est toutefois plus sombre. Marie entame des recherches pour retrouver son père. Afin d'avoir les renseignements qu'elle cherche, elle croisera Gérard Chaillou (le Jean-Guy de Caméra Café), puis le regretté Philippe Léotard. Ses recherches la conduiront jusqu'à l'île de Sein. Mais son père n'est peut-être pas le salaud qu'elle croit. Pour l'anecdote, le navigateur Eugène Riguidel fait une très courte apparition durant al scène au Bar des Pêcheurs.



Critique.
     Ce film est tout simplement un chef-d’œuvre qui ne laissera personne indifférent. Émouvant, drôle, et en même temps triste, c'est une perle à ne pas manquer. Des acteurs qui jouent extrêmement bien, un scénario original.

     Petit bémol toutefois pour le DVD dit "Collector", qui n'a de collector que le nom, puisque le seul bonus est une interview (au demeurant très intéressante) de Jean Becker. Mais ce DVD est néanmoins à posséder absolument, tout simplement parce que c'est un des meilleurs films français des années 90. Difficile de voir que ce film a plus de vingt ans, tant son thème est intemporel. 
     En espérant avoir droit un jour à une édition Blu-ray (mais ce n'est pas gagné).

vendredi 4 décembre 2015

Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre-étalon !


     Dans ce court article, un sujet léger : une simple réplique de film qu'il convient de replacer dans son contexte.

« Ouais ! Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres ! »

     Voilà la réplique que lança Jean Gabin à Françoise Rosay, dans l'excellent film Le cave se rebiffe, sortie en 1961. Outre les succulents dialogues de Michel Audiard, pour un néophyte, cette phrase peut sembler incompréhensible aux néophytes. Il convient donc de l'expliquer clairement (et simplement).

Le mètre-étalon.
     Il était autrefois difficile de définir exactement ce qu'est un mètre. Plusieurs mesures officielles se sont succédé.
- Le 26 mars 1791, le mètre est défini officiellement par l'Académie des sciences comme étant la dix-millionième partie de la moitié de méridien terrestre (ou d'un quart de grand cercle passant par les pôles).
- En juin 1792, Jean-Baptiste Joseph Delambre fut chargé de mesurer la distance entre Dunkerque et Rodez, et d'en déduire la mesure d'un mètre. Pour familiariser la population avec la nouvelle mesure, seize mètres-étalons gravés dans du marbre furent placés dans Paris et ses alentours, de février 1796 à décembre 1797.

     Le mètre étalon est donc la mesure officielle d'un mètre.

Pourquoi à Sèvres ?
     En 1889, le Bureau international des poids et mesures redéfinit le mètre comme étant la distance entre deux points sur une barre d'un alliage de platine et d'iridium. Cette barre est toujours conservée au pavillon de Breteuil, qui abrite le Bureau international des poids et mesures depuis 1875. Or, le pavillon de Breteuil se trouve à Sèvres.

Conclusion :
     Pour mesurer une distance, nous utilisons le mètre. La mesure officielle du mètre est définie par un mètre-étalon. Dans le cas définit par Gabin, il ne s'agit pas de mesurer une distance, mais la connerie d'une personne, en l’occurrence Mr Eric. Mr Eric serait donc la base officielle pour mesurer la connerie... Dans le fond, rien d'étonnant, « parce que j'aime autant vous dire que pour moi Monsieur Éric avec ses costards tissés en Écosse à Roubaix, ses boutons de manchettes en simili et ses pompes à l'italienne fabriquées à Grenoble, et ben c'est rien qu'un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation. Parce que si je voulais me lancer dans la psychanalyse, j'ajouterais que c'est le roi des cons. »

mercredi 18 novembre 2015

Air Force One : Test du Blu-ray

Rappel du synopsis :
     Le général Ivan Radek, dictateur du « régime terroriste » du Kazakhstan est capturé au cours d'une opération russo-américaine des Spetsnaz et Delta Force. Trois semaines après, le président des États-Unis James Marshall (joué par Harrison Ford) est invité à un diner à Moscou, où il fait un discours annonçant que, ému par les camps de réfugiés, il arrête la diplomatie et qu'il affrontera directement les « régimes meurtriers » sans attendre que la sécurité des États-Unis soit compromise. Puis il rejoint Air Force One en compagnie de son cabinet, ses conseillers, sa femme Grace (Wendy Crewson) et sa fille Alice. Cependant, six terroristes kazakhs déguisés en journalistes russes commandés par Ivan Korshunov (Gary Oldman) embarquent également. Après le décollage, les terroristes prennent le contrôle de l'avion avec l'aide de l'agent spécial Gibbs (rien à voir avec NCIS - Enquêtes spéciales, quoique le clin d’œil de la série NCIS est évident), leur taupe au Secret Service. Au cours de la fusillade, le Secret Service fait évader le président par un module éjectable. Puis le pilote tente un atterrissage sur la Ramstein Air Base, mais les pirates de l'air font irruption dans le cockpit, tuent le pilote et redécollent vers le Kazakhstan.


     Korshunov rassemble les passagers dans la salle de conférence de l'avion et contacte la vice-présidente Kathryn Bennett (Glenn Close) dans la salle de situation de la Maison-Blanche, demande la libération du général Radek et annonce qu'il tuera un otage toutes les demi-heures. Le conseiller à la sécurité nationale Jack Doherty est le premier exécuté. Grace et Alice sont séparées des autres otages et amenées dans le cockpit.

     Le module éjectable du président est retrouvé vide : Marshall, qui ne voulait pas être séparé de sa famille, est resté à bord.

Image :
     Eh bien, c'est qu'il n'est plus tout jeune, ce film. 18 ans, déjà ! Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on ne l'a pas vu vieillir ! Pourtant, ses 18 ans se voient dès les premières minutes, avec quelques petits défauts de copies qui apparaitront de temps en temps durant tout le film. Néanmoins, malgré ses petits défaut, ce Blu-ray vous apportera une belle image grâce à un encodage MPEG-4 AVC de très bonne qualité. Autant vous dire que l’image n'est finalement pas si mal pour un film des années 90. La profondeur de champ est plutôt séduisante. Tant et si bien que, dès que l'on passe à une séquence aérienne, on se rend compte des truquages numériques d'époque. Eh oui, on est loin des truquages modernes. En même temps, quand on voit qu'il suffit aujourd'hui de mettre trois acteurs devant un fond vert pour faire un film...
Note : 3/5


Son :
     En lisant la jaquette, j'ai d'abord vu les deux pistes (anglaise et française) en Dolby Digital 5.1. Je me suis dit qu'en tant que français, nous allions encore être les cocus du diocèse, avec une piste que n'est pas en HD. Finalement, ce n'est qu’après que je vis la piste DTS 5.1 en Français et la piste PCM 5.1 en anglais. Bon, ça allait finalement bien se passer.
     Comme prévu, en VO, c'est la piste non-compressé PCM (4,5Mb/s) qui est à privilégier. Les dialogues ressortent bien, et les scènes aériennes sont de véritables démos sonores. La piste DTS-HD 5.1 en Français (1,5Mb/s) n'a rien à envier à la PCM en VO. Et le doublage est vraiment bien réalisé avec, une fois de plus, Richard Darbois au doublage de Harrison Ford.
     Quant aux deux pistes Dolby Digital 5.1 (640Kb/s), on peut s'en passer.
Note : 5/5


Bonus :
     Rien de bien intéressant au niveau des bonus. La traditionnelle bande-annonce, un petit reportage sur les "Coulisses de la production" (6min 33s), et une piste d’infos & anecdotes distillant son lot de renseignements sous la forme de sous-titres...
Peut-mieux faire...
Note : 2/5

Anecdote : le clin d’œil de NCIS - Enquêtes spéciales !
     Dans Air Force One, un personnage n'est autre que l'agent spécial Gibbs. Les scénaristes de la série se seraient-ils inspiré du film ? Rien n'est moins sûr, surtout lorsque l'on constate que l'épisode pilote de NCIS était intitulé... Air Force One, et se déroulait, comme le film, dans l'avion présidentiel.


Note du Blu-ray : 3/5
Note du film : 4/5

Caractéristiques :
Titre : Air Force One
Titre original : Air Force One
Format : 2.35
Durée du film : 2h04
Encodage du Blu-ray : MPEG 4 / AVC
Pistes son : Anglais PCM 5.1, Français DTS-HD 5.1, Anglais Dolby Digital 5.1, Français Dolby Digital 5.1.
Sous-titres : Anglais, Français

Personnage  Acteur/actrice  Version française
Le président James Marshall  Harrison Ford  Richard Darbois
Ivan Korshunov  Gary Oldman   Dominique Collignon-Maurin
Sophie Deschaumes  Glenn Close  Kathryn Bennett
Agent spécial Gibbs  Xander Berkeley  Philippe Peythieu

lundi 2 novembre 2015

Anecdote : Les Dr Cuddy et Taub se connaissaient avant Dr House...


... ou, plus précisément, les acteurs qui incarnaient Cuddy et Taub !
     En visionnant l'excellent film Pour le pire et pour le meilleur (As Good as It Gets, en VO), avec Jack Nicholson, un détail m'a sauté aux yeux. Dans l'une des premières scènes du film, lorsque l'écrivain asocial Melvin Udall (Jack Nicholson) se rend à son restaurant préféré, il a la désagréable surprise de trouver un couple à "sa table".

     Dans ce film de 1997, les deux acteurs qui interprètent ce couple sont alors inconnus, mais se retrouveront dix ans plus tard dans Dr House, puisqu'il s'agit de Lisa Edelstein et Peter Jacobson. Lisa Edelstein avait alors 31 ans, et Peter Jacobson, 32 ans.

     Et dire que pendant ce temps, Hugh Laurie venait de jouer dans son premier succès au cinéma, Les 101 dalmatiens, auprès de Glenn Close !