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lundi 25 janvier 2016

Un singe en hiver : court résumé, tournage et anecdotes.


L'histoire
     1944, à Tigreville (en réalité Villerville), dans le Calvados. Albert Quentin (interprété par Jean Gabin), autrefois fusilier-marin en Chine, tient l'Hôtel Stella avec sa femme Suzanne (jouée par Suzanne Flon). En plein bombardement, Albert promet à sa femme que si leur hôtel échappe aux bombardement, il ne boira plus une goutte d'alcool. L'hôtel ne sera pas bombardé, Albert tiendra sa promesse.
     15 ans plus tard, un inconnu débarque à Tigreville. Il s'appelle Gabriel Fouquet (Jean-Paul Belmondo). Et il boit. Beaucoup. Surtout pour oublier l'échec de sa vie sentimentale avec Claire, qui vit à Madrid alors que leur fille est pensionnaire à Tigreville.

Gabriel Fouquet : - Messieurs, votre accueil me bouleverse mais ne saurait égarer mon jugement. J'ai tout de même pas mal voyagé, ce qui me permet de vous dire en connaissance de cause que votre patelin est tarte comme il est pas permis, et qu'il y fait un temps de merde. 
Un client du bistrot : - Je suppose que Monsieur plaisante. 
Gabriel Fouquet : - Absolument pas ! 
Un client du bistrot : - Vous savez combien y'a eu de jours de soleil en juillet ? Dix-sept ! 
Gabriel Fouquet : - Soleil de mes fesses. Vous savez pas ce que c'est que le soleil. Vous l'avez jamais vu, vous !

     Albert, pris d'une certaine sympathie pour le jeune homme alcoolisé, ne peut s'empêcher de repenser à sa vie "d'avant", et à l'ennui de sa nouvelle vie sans alcool. Il n'hésite pas à dire : « Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l'ivresse ! ». Albert se rend compte qu'il n'a pas eu sa "dose d'imprévu".

Albert : - Écoute, ma bonne Suzanne, t'es une épouse modèle.
Suzanne : - Mof !
Albert : - Mais si, t'as que des qualités. Et physiquement, t'es restée comme je pouvais l'espérer. C'est le bonheur rangé dans une armoire. Et tu vois, même si c'était à refaire, et bien je crois que je t'épouserais de nouveau. Mais tu m'emmerdes.
Suzanne : - Albert !
Albert : - Tu m'emmerdes gentiment, affectueusement, avec amour ! Mais tu m'emmerdes ! J'ai pas encore les pieds dans le trou, mais ça vient, bon dieu ! Tu te rends pas compte que ça vient ? Et plus ça vient, plus je me rends compte que j'ai pas eu ma dose d'imprévu ! Et j'en redemande. T'entends ? J'en redemande !

     L'arrivée de Gabriel Fouquet dans sa vie va cependant changer la donne. Grâce à l'ivresse retrouvée, les deux hommes, qui n'ont "ni le vin petit, ni la cuite mesquine", vont connaître deux jours apocalyptiques. L'un va retrouver l'Espagne, l'autre... la Chine.

Esnault : - Ton client, là, Fouquet. Ton espagnol. Douze verres cassés ça te dis rien ?
Albert : - Monsieur. Primo, voilà quinze ans que je vous interdis de me parler. Deuxio, si vous ne vouliez pas qu'il boive, c'est simple, vous n'aviez qu'à pas le servir.
Esnault : - Alors là monsieur, je vous rétorque que, primo, je l'ai viré. Deuxio, les ivrognes y'en a assez dans le pays sans que vous les fassiez venir de Paris.
Albert : - Un ivrogne ?
Esnault : - Ah ben oui ! Un peu ! Même le père Bardasse qui boit quatorze pastis par jour n'en revenait pas !
Albert : - Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon Espagnol comme tu dis et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les Bois-sans-soif !
Esnault : - Les grands ducs !
Albert : - Oui, monsieur ! Les princes de la cuite, les seigneurs ! Ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qui ont toujours fait verre à part ! Dis-toi bien, que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries les seigneurs : ils sont à cent mille verres de vous ! Eux, ils tutoient les anges !
Esnault : - Excuse-moi, mais nous autres on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père !
Albert : - Mais, c'est bien ce que je vous reproche ! Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond, vous ne méritez pas de boire ! Tu te demandes pourquoi il picole l'Espagnol ? C'est pour essayer d'oublier les pignoufs comme vous !

     La belle euphorie des deux compères donnera même un duo a cappella sur la fameuse chanson Nuit de Chine. L'apothéose de cette nuit des "princes de la cuite" s'achèvera sur la plage, par un énorme feu d'artifice. Et puis chacun, finalement, retournera à sa vie d'avant.

Albert : - Matelot Hénault Lucien, veuillez armer la jonque, on appareille dans cinq minutes.
Hénault : - C’est parti
La tenancière : - Albert, je vous en prie, vous n’allez pas encore tout me saloper comme la dernière fois.
Albert : - Madame, le droit de navigation sur le Yang Tse Kiang nous est formellement reconnu par la convention du 3 août 1885. Contesteriez-vous ce fait ?
La tenancière : - Je ne conteste rien. Je vous demande simplement de ne pas tout me casser comme l’autre jour.
Albert : - Oh… mais pardon ! L’autre jour, les hommes de Chung Yang Tsen ont voulu jouer aux cons. Heureusement que j’ai brisé la révolte dans l’oeuf, sans barbarie inutile, il est vrai. On n’a coupé que les mauvaises têtes ; le matelot Hénault peut témoigner.

Hénault : - Sur l’honneur.
Albert : - Bon. Nous allons donc poursuivre notre mission civilisatrice. Et d’abord, j’vais vous donner les dernières instructions de l’Amiral Guépratte, rectifiées par le Quartier-Maître Quentin ici présent. Voilà : l’intention de l’Amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Wang-Ho au Yang-Tse-Kiang.
Hénault : - Le Yang-Tse-Kiang ?!
Albert : - Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Wang-Ho veut dire "Fleuve jaune", et Yang-Tse-Kiang "Flauve bleu". Je nesais pas si vous vous rendez compte de l'aspect grandiose du mélange. Un fleuve vert. Vert comme les forêts, comme l'espérance. Matelot Hénault, nous allons repeindre l'Asie et lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde.



Un film qui ne devait pas se faire !

      Au printemps 1961, Gabin est fâché contre Audiard, qui est parti en vacances en Italie sans avoir trouvé de sujet pour leur prochain film. Or, les caméras doivent commencer à tourner en octobre. Finalement, Gabin se calme en apprenant qu'Audiard a trouvé une idée : une adaptation du roman maritime de Roger Vercel, Au large de l’Eden, l'histoire d'un commandant de morutier en route vers le Groenland. Il demande alors à ce que tout le monde se réunisse le soir même à une table du Fouquet’s ; il ignore évidemment que personne n’a lu le roman. Mais Audiard ne se démonte pas pour si peu : « Tu comprends, y en a marre de ces films où t’as toujours le cul dans un fauteuil. On va te faire un film de grand large. Toi, Jean, qui aimes la mer, tu vas pouvoir la respirer à pleins poumons pour le coup ! Tu vas être à la barre d’un morutier luttant dans les tempêtes. Et pis ton regard bleu sur la banquise blanche, ça va être drôlement chouette ! Tu te vois déjà, non ? »
     Alors qu’Albert Simonin travaille à l’adaptation, Jacques Bar réserve un morutier auprès d’un armateur de Saint-Malo. Début septembre, il y fait monter Gabin… Mais quand Gabin, pressenti pour le rôle, monte sur le bateau il trouve que "ça sent la morue, et l'odeur du poisson et du gazole ça donne mal au cœur !". L'aventure commence mal... Lors de la lecture du scénario par Simonin, tout le monde est convaincu que ce film... n'est ni fait, ni à faire. Gabin refuse bien entendu ce film. A la Metro Goldwyn Mayer, on s'inquiète, car si Gabin ne tourne rien à la date prévue, il faudra lui payer un dédit.


     Michel Audiard propose alors une idée refusée par la MGM l’année précédente, une adaptation du livre d’Antoine Blondin, Un Singe en Hiver (prix inter allié 1959). La MGM l'avait refusé, n'y voyant qu'une histoire d'alcooliques. Mais cette fois, elle n'a plus vraiment le choix.
Audiard soumet toutefois une condition : Jean-Paul Belmondo doit interprète Gabriel Fouquet. Henri Verneuil fait donc appel au jeune acteur de la nouvelle vague, Jean-Paul Belmondo, 28 ans à l'époque, révélé 3 ans plus tôt dans A bout de souffle de Jean-Luc Godard.
     Bébel est impressionné par la proposition, car Gabin a été une de ses premières révélations. Mais avant de se demander s'il sera à la hauteur, il s'interroge sur son rôle et demande à Henri Verneuil s'il va « servir la soupe » à la star. « Regarde-moi bien dans les yeux, lui dit-il, on peut mentir à quelqu’un à court terme mais je ne me mettrai jamais dans cette situation et je te dis : vous avez deux rôles à égalité totale. » Belmondo accepte et le producteur Jacques Bar organise la rencontre entre les deux dans ses bureaux du 58, rue Pierre-Charon, à deux pas des Champs-Élysées. Gabin a alors 57 ans et à cette époque on l'appelle déjà "Le vieux", ses cheveux blancs et sa brioche y étant sans doute pour quelque chose ! Gabin accepte tout de suite de tourner avec Belmondo, bien qu’il n’ait jamais vu ses films. Pourtant, leur première rencontre est assez solennelle.
Belmondo : - Bonjour, monsieur.
Gabin : - Bonjour, monsieur.

Le tournage.
     Le film est tourné durant l'hiver 1962. Au début du tournage, les deux acteurs sont restés une semaine sans s'adresser la parole. Puis "ça s'est détendu !". Gabin lisait Paris-turf et Bebel L’Équipe, l'amour du sport a fini par rompre la glace... Ils ne se sont plus quittés. Gabin trouve alors en Bébel son fils spirituel. Il l'appelle "le môme". « Embrasse-moi, mec. T'es mes vingt ans ! », dit Albert à Gabriel. Tous deux ont la même décontraction face à l'objectif.

     Le tournage débute à Houlgate par les scènes d’ouverture du film se déroulant en 1944. Dès son premier jour, Gabin doit jouer l’ivresse, un état qu’il ne connaît pratiquement pas, malgré son penchant pour la boisson. Avec Paul Frankeur, il zigzague entre les explosions, dont l’une manque de faire passer l’assistant-réalisateur Claude Pinoteau de vie à trépas ! La semaine suivante, les prises de vue se poursuivent aux studios de Saint-Maurice.

     Le 11 janvier 1962, Jean-Paul Belmondo fait son entrée sur le film pour tourner les plans 364 à 368. Tous avec Gabin. Il s’agit de l’arrivée d’Albert et Gabriel au bar de Georgina, bien décidés à se saouler.

Gabriel : - Dites-donc, qu'est-ce que c'est votre endroit ?
Albert : - Eh ben, les gourmets disent que c'est une maison de passe, et les vicelards un restaurant chinois.
Gabriel : - Vous y allez souvent ?
Albert : - J'y allais...
Gabriel : - A votre avis, pour c'qu'on veut en faire, vaudrait mieux que ce soit canaille ou chinois ?
Albert : - Que ce soit fermé... 


     Une scène qui arrive au troisième tiers de l’histoire, alors que les deux hommes ont eu le temps de s’apprivoiser. En revanche, les deux acteurs, eux, se connaissent à peine. Mais Belmondo se laisse surtout conduire par Gabin dans ce lieu de perdition. Le lendemain, ils tournent la saoulerie proprement dite (plans 374 à 385), multipliant les toasts (au thé !), accoudés au comptoir.
     A ce moment du tournage, malgré cette complicité devant la caméra, les rapports entre les prises sont inexistants. Gabin ne facilite pas vraiment les choses. « Il ne pipe pas un mot et vous regarde comme si vous étiez un paillasson, raconte Belmondo. Au bout d’un moment, cela devient gênant. Il semble se balancer totalement de ce qu’il va jouer ou ne pas jouer, et l’on se demande s’il a remarqué votre présence. Il lit Paris-turf en mangeant et ne salue personne, comme s’il était inconnu dans le studio où il prend ses repas. Comme je n’ai pas l’habitude d’aller lécher les orteils de ce genre de types, je l’ai laissé dans son coin. »
     Le premier assistant-réalisateur Claude Pinoteau apporte cependant une précision à propos de l'attitude du « Vieux » sur un tournage : « Il ne parlait jamais. Quand il arrivait sur le plateau (même les jours où il ne tournait pas, il était là), il s'asseyait sur son fauteuil et regardait tout le monde. Si un technicien n'était pas à la hauteur ou se montrait antipathique, il en faisait assez vite sa tête de turc. Mais il respectait beaucoup les pros, les gars qui faisaient leur métier. Il observait un mutisme assez courant, souvent parce qu'il lisait son journal mais surtout par respect, parce qu'il faut du silence sur un plateau. Et ça l'amusait beaucoup plus d'être là et d'observer, plutôt que de rester dans sa loge. Dès que Belmondo est arrivé, ils étaient tous les deux sur des fauteuils, l'un à côté de l'autre. Comme Gabin ne parlait pas, Jean-Paul respectait son silence et il ne parlait pas non plus. Gabin a dû lui adresser la parole une fois, à cause des répétitions. »


     Après ces deux jours en studio, l’équipe repart pour la Normandie. Les relations entre les deux acteurs sont toujours les mêmes. « Nous déjeunions ensemble, se souvient Jean-Paul Belmondo. Il lisait son canard et moi, L’Équipe. On ne s’est pas dit un mot en huit jours. »
     Pinoteau attribue aussi une part de ce silence au jeune acteur. « J'ai connu Belmondo sur d'autres films où il était plus extraverti, plus farceur. Sur celui-là, il était plus réservé, car il respectait infiniment Gabin qui l'impressionnait. Il mesurait la chance qu'il avait de jouer avec lui. Il avait le souci de faire le poids. Avec une telle personnalité, il pouvait craindre d'être estompé complètement par Gabin, de disparaître. Il était très motivé pour faire le mieux possible et, en même temps, avec une simplicité qui ressemble à Jean-Paul. »

     L'ancien observe son cadet et, petit à petit, se sent des affinités avec lui. Savoir qu’il a fait de la boxe et le voir lire un journal sportif y sont certainement pour quelque chose… Il apprécie aussi son naturel, cette façon de rester lui-même devant la caméra, tout comme lui. « Brusquement, un jour, Gabin m’a parlé avec une chaleur retenue que j’ai prise pour celle de l’amitié et je ne me trompais pas. Visiblement, il m’aimait bien. Mieux que ça. Nous sommes devenus de grands copains. Il a déclaré à tous les journalistes de passage que j’étais son successeur et que j’aurais pu tenir ses rôles d’avant-guerre aussi bien que lui. »
     Henri Verneuil le confirme : « Combien de fois il m’a dit : “Maintenant, vous ne me direz plus : ‘Il nous faudrait un Gabin d’il y a trente ans’ : il est là !” Gabin a adoré Jean-Paul. Il l’a senti. Et Jean-Paul avait la notion du respect sans être un lèche-bottes. »


     Cette amitié entre Gabin et Belmondo se ressent dans la scène tournée de nuit le 26 janvier, lorsque Jean serre Jean-Paul dans ses bras et lui dit : « Embrasse-moi, mec ! Tiens, t’es mes vingt ans ! » L’ambiance est détendue, surtout lorsqu'on en arrive aux scènes d'ivresse dans les rues de Villerville. « Gabin ne se retenait pas, se souvient Claude Pinoteau, il y allait carrément. Pour Belmondo , c'était plus facile de se lâcher, voyant Gabin se lâcher lui-même. Ils se sont amusés, et nous, derrière la caméra, on se bidonnait. Donc, ils étaient contents. » Quand il s'agit d'interpréter Nuits de Chine en duo, Jean-Paul révèle une inaptitude totale au chant ! « Je chante tellement faux que je le faisais dérailler : “Oh ! le con, disait Gabin, j’ai jamais vu ça. Tu le fais exprès !” Et il en pleurait de rire. »
     Et ce n'est pas l’arrivée de Noël Roquevert, qui joue le rôle de Landru le patron du bazar, qui va plomber l'ambiance, bien au contraire. « C’était un obsédé sexuel extraordinaire ! se souvient Belmondo. Il passait son temps à sortir des photos cochonnes, sa femme était à l’autre bout, sourde comme un pot, elle lui demandait : “Qu’est-ce que tu fais ?” Et lui, imperturbablement sec : “C’est rien, chéri, je montre le chien !” Gabin pleurait de rire. Toute la journée, Roquevert ne parlait que de cul. »

     Roquevert s’amuse encore plus lors du tournage de la scène des feux d’artifice, filmée sur la plage de Villerville. « Les premiers essais ont été mauvais parce que la poudre était humide et que Jean décampait avant même d’avoir allumé les mèches. Je me souviens très bien qu’il arrivait à pas lents devant les fusées qui devaient éclater. Il tendait la main et approchait le bâton enflammé vers la mèche qu’il devait allumer. Soudain, il était pris de panique et s’enfuyait à toutes jambes. Lorsqu’il revenait, sa main tremblait autant, sinon plus, et, une nouvelle fois, faisait demi-tour. Au bout de quatre ou cinq essais - enfin - il a réussi. Ces mèches allumées, nous devions partir en courant. Là, c’était prévu au scénario ! Belmondo, tel un gamin, me criait : “J’te gomme ! j’te gomme !”. Moi, plus gamin que lui, j’ai forcé l’allure… et je me suis claqué un muscle. »

     Les 1er et 2 février, Henri Verneuil tourne la fameuse scène de la corrida. À l’entrée de Tigreville, Gabriel Fouquet joue les toréadors avec les voitures de passage. Si un Espagnol lui donne des conseils pour acquérir les bons gestes, Belmondo se souvient surtout de la scène dont il a été le témoin à Saint-Germain-des-Prés, quelques années auparavant : Antoine Blondin lui-même s’était livré à cet exercice devant la Rhumerie martiniquaise ! La corrida motorisée est une vraie cascade qui présente des risques. L’acteur manque d’ailleurs de peu de se fracturer la main. S’il est déjà casse-cou, Belmondo n’en a pas encore la réputation, qui fera tant pour sa popularité. « Tu es fou ? lui dit Gabin. Ne refais jamais ça, Jean-Paul. On paie des gens pour prendre ces risques. »

     L'équipe repart en studio à partir du 6 février pour encore un mois de prises de vue. Un singe en hiver sort dans les salles le 11 mars et est présenté parallèlement à Cannes, pendant le festival mais sans en faire partie ! Une projection est en effet organisée au Rex, rue d'Antibes, pour les journalistes. « Je crains fort de manquer de vocabulaire pour vous décrire la joie ressentie par tous les ayants droit qui se sont battus pour assister à cet événement, écrit Steve Passeur dans L'Aurore. Pour une fois, nos jugeurs de films n'ont pas été avares de leurs éclats de rire. Ils retentirent, dans un style étonnant, pendant quatre-vingt-dix minutes. »

La fameuse scène du bar.
     Au niveau technique, rien de mirobolant. De toute façon, pas besoin de fioritures. Trois travellings, et le reste de la scène est tournée en plans fixes frontaux qui opposent les deux personnages au reste du bar.
     C'est une scène devenu culte, car la complicité entre Gabin et Belmondo y est évidente. La scène est rythmée par les dialogues impeccables d'Audiard.

La scène se fait en trois temps :
- Premier temps : ambiance ordinaire dans le petit bar normand. Les boules de billards s'entrechoquent, brouhaha des consommateurs.
- Deuxième temps : la porte s'ouvre d'un coup. Silence de mort. Étonnement. Belmondo et Gabin vont jusqu'au bar.
- Troisième temps : la voix de Gabin s'élève dans un silence de mort "Deux Calva !".
S'ensuit le dialogue entre Gabriel (Belmondo), Albert (Gabin) et Esnault (Paul Frankeur) :
Esnault : - Ah toi tu ferais mieux de t'en tenir là avant que tes espagnolades te r'prennent !
Gabriel : - Monsieur Hénault, si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille.
Esnault : - Dis donc p'tit malpoli, tu veux que j't'apprenne !
Albert : - Monsieur Hénault, je vous interdis de tutoyer mon homme de barre. J'vous ai d'jà dit qu'vous n'étiez pas de la même famille.
Esnault : - Alors toi j'te préviens si t'es venu pour me donner des ordres, j'vais vous virer tous les deux à coups de pompes dans le train !
     Après une bonne claque d'Albert au sieur Hénault, arrive le moment final : Albert et Gabriel partent.
Gabriel : - Albert. Y'm'font mal aux yeux. Tirons-nous.
Albert : -T'as raison, va. On n'a rien à foutre chez les français moyens. On n'appartient pas au même bataillon.
Esnault : - Et les calva, qui c'est qui va me les payer ?
Albert : - Adressez-vous à l’intendance. Nous, on ne connait plus, on ne salue plus.
Gabriel : - On méprise !
La porte claque. Le miroir tombe et se brise... Fin de la scène !

Anecdotes
     A force de les montrer en train de picoler à l'écran, Un Singe en hiver eu fort à faire avec la commission de censure qui y voyait une apologie de l'alcool. Et le ministère de la santé s'offusqua de la trop bonne visibilité des marques d'apéritifs à l'écran.
     A sa sortie, en mai 1962, l'histoire de ces deux ivrognes ne fait donc pas l'unanimité. Seul Jean Rochereau écrit dans La Croix: "Je sais je ne devrais pas écrire cela. Ce n'est pas bien, certes, de soutenir une œuvre querellée par le ministère de la santé publique mais qu'y puis-je si Un Singe en Hiver m'a mis le printemps au cœur..."

Albert : - Pourquoi buvez-vous ?
Gabriel : - La question m'a déjà été posée Monsieur le Proviseur !
Albert : - Probablement par des gens qui vous aiment bien !
Gabriel : - Probablement… Claire me la posait trois fois par semaine. Elle devait m'adorer.

mercredi 20 mars 2013

Les Blu-ray avec Jean-Paul Belmondo.


      Alors que Jean-Paul Belmondo fêtera ses 80 ans prochainement, de plus en plus de fans de Bébel cherchent les films de leur idole en haute définition. Nous allons donc faire le point sur les films actuellement disponibles en Blu-ray, que ce soit dans les parutions en France ou les éditions étrangères pour les Blu-ray qui seraient encore indisponibles en France.

Les Blu-ray à paraitre en France :
- Le cerveau : sortie prévue le 24 avril 2013. 
      Ce titre proposera les bonus qui suivent : le documentaire "De Belmondo à Bébel" (entretien avec Philippe Durant par Pierre-Henri Gibert, 18 minutes), "Gérard Oury : la politesse du rire" (portrait réalisé par Pierre-Henri Gibert, avec les témoignages de Danièle Thompson, Bernard Stora, Philippe Durant, Christopher Thompson et Pierre Richard, 19 minutes), "Un Cerveau en or" (documentaire de Philippe Durant, avec les témoignages de Danièle Thompson, Marcel Jullian, Jean-Marie Poiré, Jean-Claude Sussfeld, Nadine Muse et Gérard Oury, 36 minutes) et "Le Cerveau à la loupe" (documentaire en sept parties de Philippe Durant, 12 minutes).
Le film nous sera proposé au format original 2.35 avec une version française DTS‑HD Master Audio 1.0. Sortie chez Gaumont Vidéo au prix indicatif de 19,99 € le Blu-Ray


- L'homme de Rio : sortie prévue le 15 mai 2013
     Connu pour être l'une des références principales de Steven Spielberg lorsqu'il tourna Indiana Jones, L'Homme de Rio raconte les aventures d'Adrien Dufourquet, un soldat de deuxième classe en permission pour 8 jours, qui débarque à Paris pour assister à l'enlèvement de sa fiancée par deux inconnus. Sans réfléchir une seconde, il se lance à la poursuite des ravisseurs et monte ainsi, clandestinement, à bord d'un avion pour... Rio de Janeiro. On trouvera les bonus suivants :
- "Les aventures d'Adrien : L'affaire Catalan" : un doc de plus d'une heure qui revient sur cette aventure inédite dans le cinéma français, via des témoignages exclusifs de Jean-Paul Rappeneau (co-scénariste), Olivier Gérard (assistant réalisateur), des interviews d'archive de Jean-Paul Belmondo et un entretien inédit avec Philippe de Broca.
- "Frères de cinéma : la collaboration Jean-Paul Rappeneau - Philippe de Broca" : entretien avec Jean-Paul Rappeneau qui revient sur trois autres films qu'il a écrit avec Philippe de Broca, mais sans jamais être crédité au générique. (10 minutes)
- "Léger et grave : la collaboration Georges Delerue - Philippe de Broca" : Stéphane Lerouge, spécialiste de musiques de films, revient sur la longue amitié entre George Delerue et Philippe de Broca, ainsi que le restauration stéréophonique de L'Homme de Rio. (12 minutes)
- la Bande-annonce originale du film invisible depuis près de cinquante ans (3 minutes) 


- Les tribulation d'un chinois en Chine : sortie prévue le 15 mai 2013
     Belmondo incarne Arthur Lempereur, un jeune milliardaire blasé, qui se retrouve ruiné sur un coup du destin alors qu'il est en vacances à Hong-Kong. Son précepteur lui conseille de prendre une assurance vie au profit de sa fiancée et de lui-même. Arthur va alors être victime de nombreuses tentatives de meurtre ... Comme pour L'Homme de Rio, ce film aussi aura droit à quelques jolis bonus :
- "L'homme de Hong-Kong" : Jean Rochefort, Claude Pinoteau (assistant réalisateur), Philippe de Broca et Jean-Paul Schwartz (caméraman) reviennent sur le tournage épique du film (26 minutes)
- "De Cartouche au Cavaleur : la collaboration Jean Rochefort - Philippe de Broca" : Jean Rochefort revient sur les trois autres films qu'il a tourné avec Philippe de Broca, et principalement Le Cavaleur (9 minutes)
- la Bande-annonce originale du film


L'homme de Rio
     A noter que L'homme de Rio et Les tribulation d'un chinois en Chine seront enfin visibles dans leur format original d'image. En effet, cela fait plus de dix ans bénéficiaient d'un cadrage aberrant, tant sur leurs éditions DVD que dans leurs diffusions TV. Nous pourrons donc retrouver ces deux films avec leur cadrage 1.66 original mais sans le zoom du précédent master vidéo (intérieur du cadre rouge dans les illustrations ci-dessous).

L'homme de Rio
Les tribulations d'un chinois en Chine

- Le Magnifique : sortie prévue le 11 juillet 2013

      Tourné en 1973 par Philippe de Broca et scénarisé (entre autres) par Francis Veber. On y rencontre François Merlin, un écrivain parisien à l'imagination débordante qui se projette dans la peau de son héros, Bob Saint-Clair, un agent secret invincible. Ce classique servit de références pour de nombreux autres films tels que les deux opus d'OSS 117 de Michel Hazanavicius. Philippe de Broca y retrouve Jean-Paul Belmondo, qui joue les deux rôles de François Merlin et de Bob Saint-Clair, caricature des Hubert Bonisseur de la Bath et autres agents secrets qui déferlèrent dans les libraires à partir des années 50.
Le test de ce Blu-ray est disponible à cette page : http://lenouveaucinephile.blogspot.fr/2013/07/test-blu-ray-le-magnifique-avec-jean.html



Certains Blu-ray ne sont pas encore disponibles en France, mais le sont déjà à l'étranger :
- Le Professionnel, sous le titre Der Profi (édition allemande avec une piste audio en Français) ou édition italienne, sous le titre Joss Il Professionista (édition italienne avec une piste audio en Français).

Édition allemande du Professionnel
Édition italienne du Professionnel

- Le guignolo, dans son édition allemande (Der Puppenspieler), avec audio Allemand et Français, sous-titres : Allemand (optionnel).

- Flic ou voyou, édition allemande (Der Windhund), avec audio Allemand et Français.

Déjà paru en France : 
Pierrot le fou
Cent mille dollars au soleil


A Bout De Souffle
Les Mariés de L'an Deux

L'as des as

Itinéraire d'un enfant gâté














     Cette liste n'est qu'indicative, et non-exhaustive. Elle donne toutefois une idée des Blu-ray de Belmondo que l'on peut se procurer en France ou à l'étranger. Pour les personnes impatientes, qui seraient intéressés par les Blu-ray parus à l'étranger et qui ne veulent pas attendre une prochaine édition française, vous trouverez facilement ces versions sur certains sites de vente en ligne. 

Voir aussi :
- Test du Blu-ray du Magnifique, avec Jean-Paul Belmondo

samedi 13 juillet 2013

Test Blu-ray - Le Magnifique, avec Jean-Paul Belmondo.

Voir aussi :
- Les Blu-ray avec Jean-Paul Belmondo.


     Publié au mois de juin dernier, l'édition Blu-ray du Magnifique passe enfin dans les mains du Nouveau Cinéphile.



     Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce très bon film, en voici un résumé :
François Merlin, un modeste écrivain, tente d'écrire les prochaines aventures de l'agent secret Bob Saint‑Clar. Cela donne lieu à une alternance entre les scènes de la vie quotidienne du romancier de petite envergure et les mission de Bob Saint‑Clar, où Belmondo en fait plus que jamais des tonnes.
Une parodie des films d'espionnages, très réussie, alternant humour, gags hilarant et décalés, et action. Jean Dujardin s'est d'ailleurs grandement inspiré de son idole Jean-Paul Belmondo et du personnage de Bob Saint‑Clar dans les deux films OSS 117. Une parodie iconoclaste écrite par Francis Veber (avec Jean‑Paul Rappeneau et Phillippe de Broca), bien que Veber exigea la suppression de son nom du générique en découvrant les rushes du tournage. Intitulé au départ Comment détruire la réputation du plus célèbre agent secret ?, le film permit de révéler le charme de Jacqueline Bisset.


Image :
     L'image du Blu-ray révèle ce film comme on ne l'avait jamais vu. C'est très propre pour un film de 1973. Les couleurs sont vives, les contrastes sont somptueux et la définition prend aussi un sacré coup de jeune. On ne peut pas comparer ce Blu-ray au DVD, tant l'image est ici réjouissante.
Note image : 4/5

Son :
     Le film est proposé en mono d'origine, mais une deuxième piste en 3.1 est également disponible et permet de donner un peu plus de relief, surtout à la musique de Claude Bolling. Ce n'est pas du grand spectacle sonore, mais c'est bien plus vivant que le mono d'origine.
Note son : 3,5/5

Bonus :
-    Présentation de Michel Gondry (8 minutes)
-    Commentaires audio de Philippe De Broca
- Documentaire « Comment détruire la réputation du plus célèbre agent secret » (37 minutes) : un documentaire très intéressant alternant les archives d'époque (y compris des vidéos du tournage) et des interviews récentes. Ce documentaire constitue un fort sympathique making of reconstitué qui revient sur les origines du projet, évoque quelques anecdotes de tournage (la venue sur le plateau de deux amis boxeurs de Jacqueline Bisset) avant de conclure sur un nouveau triomphe en salles (2,8 millions d'entrées). 

Conclusion :
     Faut-il investir une quinzaine d'Euros dans ce Blu-ray ? Indubitablement, l'investissement n'est pas superflu. Si on ne connait pas le film, on le découvre dans les meilleures conditions possibles. Par contre, si on le connait, on le redécouvre ! Ce Blu-ray écrase en performance le DVD. Pour moi, ce sera une note de 4/5 !
Maintenant, j'attends avec impatience le Blu-ray de L’Incorrigible, autre collaboration entre De Broca et Belmondo.

Caractéristiques techniques :
Titre : Le Magnifique
Réalisateur : Philippe De Broca
Format : 1.66
Durée du film : 1h34
Encodage : AVC-MPEG 4
Pistes son : Français DTS-HD Master Audio 1.0, Français DTS-HD Master Audio 3.1.
Sous-titres : Français sourds et malentendants.

Distribution : Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli, Jean Lefebvre, Hans Meyer, Hubert Deschamps.

lundi 27 mars 2017

Flic ou voyou : deux scènes coupées retrouvées, et anecdotes.


Scènes coupées
     Retrouver des scènes coupées de films est toujours un exercice très difficile. Très souvent, les films de ces scènes coupées ont été détruit après le montage. Et c'est d'autant plus vrai pour les films avec Jean-Paul Belmondo.
     Cependant, il arrive parfois que des traces subsistent. Ainsi, on sait qu'il existe une fin alternative de L’Héritier, de Philippe Labro, bien que celui-ci ne soit finalement pas à l'initiative de cette scène. On sait qu'il existe également une scène coupée du Magnifique, avec Belmondo dans le rôle de Bob Saint-Clar.

     Mais il y a quelques temps ont été découvertes deux scènes coupées du montage final de Flic ou voyou, réalisé par Georges Lautner en 1978 (voir l'article "Résumé et meilleures répliques de Flic ou voyou"). Ainsi, on sait désormais qu'une scène d'action devait se dérouler au camping où le commissaire Borowitz avait planté sa tente.


     Une autre scène est apparue dans un reportage que FR3 Côte d’Azur avait réalisé sur le tournage du film. Cette scène se passait dans une casse. On distingue dans le reportage le commissaire Borowitz arrivant à la casse, et à la fin du reportage, nous pouvons voir l’explosion d’une voiture.

 


      Malheureusement, impossible aujourd'hui de savoir pourquoi ces deux scènes ont été coupées. Mais ce film ayant déjà un scénario assez dense, il y a fort à parier que l'ajout de ces scènes aurait encore alourdi le résultat final, et peut-être même ralenti le rythme du film.

Anecdotes

     Curieusement, Georges Lautner et Jean-Paul Belmondo ne s'étaient jamais rencontrés avant 1978 et le projet Flic ou voyou. Ils tourneront finalement cinq films en commun.
     Interrogé dans Studio Ciné Live, Belmondo déclara : « J'ai reçu le script de Flic ou voyou par [le producteur] Alain Poiré [...] J'avais regardé tous [les films] de Georges Lautner et j'avais envie de tourner avec lui. Dès notre première rencontre, cela a bien marché. Notre amitié a commencé en même temps que notre collaboration artistique. J'ai tout de suite vu que c'était un réalisateur qui était à l'aise avec les acteurs et savait leur parler. Il aimait les improvisations, ce qui n'était pas pour me déplaire. » A propos du dialoguiste du film, Michel Audiard : « Le plus souvent, on discutait tous les trois, puis Georges Lautner et Michel Audiard se mettaient à écrire ensemble. Souvent, ils modifiaient des choses au cours du tournage. »

     A un moment de Flic ou voyou, on voit la projection d'un film. Il s'agit d'une œuvre de Lautner, Pas de problème !, tourné trois ans plus tôt, et rebaptisé pour l'occasion Le Terminus des prétentieux, c'est à dire le titre initialement prévu pour Les Tontons flingueurs, classique du duo Lautner-Audiard. Par ailleurs, Claude Brosset joue le rôle du "Corse", un truand nommé Achille Volfoni... soit le nom porté dans Les Tontons flingueurs par les personnages interprétés par Bernard Blier et Jean Lefebvre. Enfin, Flic ou voyou compte, dans sa distribution, l'excellent Venantino Venantini, qui interpréta Pascal, toujours dans Les Tontons flingueurs !

      Le film est plein de petites erreurs (anachronismes, illogismes, erreurs de continuité, faux raccords). Ainsi, la nuit qui voit Achille Volfoni (Claude Brosset) et Charlotte (Julie Jézéquel) réunis, il y a de la neige sur le bas-côté de la route. Sauf qu'à aucun autre moment du film, on n'a pu voir de la neige. Et l'on ne voit pas de flocon tomber...
     Au début du film, trois loubards sortent d'une Renault 16 au sigle de petite taille (il s'agit d'un modèle antérieur à 1972). Mais lorsque Belmondo tire sur la voiture, celle-ci à un sigle beaucoup plus gros (le modèle date alors d'après 1972).
     Cela n'empêchera bien sûr pas Flic ou voyou d'être un très gros succès, ainsi qu'un film incontournable de la filmographie de Belmondo et du duo Lautner-Audiard.

Voir aussi :
- Les meilleures répliques de Flic ou voyou, avec Jean-Paul Belmondo. 
- Le tournage des Tontons flingueurs et la scène de la cuisine.
- Le réalisateur Georges Lautner est mort.
- Un coffret collector à l'occasion des 50 ans des Tontons Flingueurs
- Script intégrale des Tontons Flingueurs
- Anecdote : L'origine du film Ne nous fâchons pas 

mercredi 21 novembre 2012

La reconversion réussie de Maryse Maillard-Félix

     Si je vous parle habituellement de films cultes, de blockbusters hollywoodiens, de réalisateurs connus et reconnus, je ne peux m'empêcher de penser à tous ces gens qui travaillent dans l'ombre de ces productions : les maquilleurs, décorateurs, costumiers, opérateurs du son ou des prises de vues, scriptes, monteurs... En bref, les petites mains qui composent toute l'équipe technique du film.

Maryse Maillard-Félix a croqué Arthur Rimbaud
dans certaines de ses œuvres. Rien de plus normal
pour une native des Ardennes !
     C'est pourquoi je vais consacrer cet article à Maryse Maillard-Félix, une artiste ardennaise qui, si elle est aujourd'hui artiste et créatrice de vitraux, fut maquilleuse de cinéma. En effet, après avoir passé l'essentiel d'une existence trépidante à Paris et à l'étranger, Maryse Maillard-Félix, 53 ans, a décidé de se poser à La Sabotterie, près de Tourteron (Ardennes). C'est dans une propriété qui fut longtemps sa résidence secondaire, que cette artiste plasticienne-verrière a pris ses quartiers en décembre 2009.

     Un retour aux sources pour cette native de Flize (Ardennes) qui a toujours été passionnée par l'art pictural et la sculpture. « Dès l'enfance lorsque j'avais un crayon en main, j'étais dans mon élément ». Mais il a fallu une rencontre « humaine et magnifique » pour que son talent s'exprime.
« Il s'agit de sœur Louis-Marie qui m'avait pris sous sa coupe au lycée Mabillon, à Sedan,  entre 10 et 18 ans en me donnant des cours particuliers de dessin. Cette religieuse m'a appris à savoir observer et s'arrêter sur les choses. J'ai ainsi découvert les techniques picturales ».
     En 1997, Maryse éprouve ainsi l'envie d'intégrer les Beaux-arts à Paris. Mais après avoir passé cinq unités de valeur en un an, elle décide de quitter cette institution. « J'ai été troublée dans mes fondamentaux par l'engouement général pour l'abstrait. Je ne goûtais pas alors cette façon d'aller à l'essentiel ».

20 ans de carrière dans le cinéma.
     Les hasards de la vie l'amènent à rencontrer, en 1979, un producteur qui lui propose une place de maquilleuse dans l'équipe de tournage de Jean-Paul Belmondo. Un travail qui lui fera fréquenter le monde du cinéma et du théâtre durant 20 ans.

« Scolarisée chez les sœurs, l'une d'entre elles me donne le goût de l'observation, m'initie au dessin et à la peinture… 1976 : L'engouement pour l'art abstrait me déroute, je quitte les Beaux-Arts après une année d'études. Suit la rencontre avec le maquilleur de Jean-Paul Belmondo, j'intègre alors son équipe. Assistante, puis chef maquilleuse, les visages des comédiens deviennent des toiles éphémères. Fards et poudres créent des personnages, jeunes, beaux, vieux, laids… Vingt ans de cinéma. »

Elle intègre le staff maquillage de Jean-Paul Belmondo où elle devient rapidement maquilleuse en chef, puis enchaîne plus de 80 films, pubs, et spectacles. « Le rapport à la lumière et à la couleur n'était plus mis sur la toile mais sur des visages. Et en fonction des films, j'ai fait des gorges tranchées, des yeux qui pendent, des vieillissements et des rajeunissements, des grands brûlés. Un autre art, plus éphémère ».

     Elle maquillera ainsi Ben Kingsley, Vanessa Redgrave, Jean Carmet, Isabella Rosselini, le « cultivé et très généreux » Pierre Richard, Marie-France Pisier, Emmanuelle Béart, « l'adorable Bernard Campan » mais aussi Colin Firth et les Nuls (Chabat-Farrugia-Lauby).
« Une bonne expérience pour la suite de ma carrière. Ça m'a servi à approfondir mes démarches artistiques tout en enrichissant mon imagination ».
Car Maryse a alors beaucoup voyagé : la Laponie « et ses aurores boréales à 300 km du cercle polaire », la Géorgie et les montagnes du Caucase, le Sénégal et les Peuls entre autres.
Lassée des caprices des stars, elle décide en 2002 de revenir à ses premières amours. Adieu rimmel et tubes de rouge à lèvres...

« 1998 : Une amie me fait découvrir le vitrail d'une petite église : verres peints, sculptés, moulés, pâte de verre, mon intérêt grandit pour ce matériau...»
 

     Aujourd'hui, l'artiste a son atelier de création et de restauration de vitraux chez elle, à La Sabotterie (08).
Finalement, Maryse aura toujours vécu dans un monde d'aventures mais avec des sentiments et des émotions variées.

     Vous pouvez consulter le site de Maryse Maillard-Félix ici : http://www.entransparence.com/.
     Quand à la liste des films auxquels elle a participé, ils sont sur IMDb.fr : http://www.imdb.fr/name/nm0299660/

Source des images : L'Union-l'Ardennais

jeudi 5 juin 2025

Décès de Philippe Labro, et de Nicole Croisille.

04 juin 2025 : décès de Philippe Labro, à l'âge de 88 ans.

 
A vrai dire, je ne connaissais pas bien le bonhomme. Je sais qu'il était multi-facettes (journaliste, réalisateur, écrivain...). Quand je tombais sur une émission qu'il présentait, je me taisais et l'écoutais.

En temps que fan de cinéma, je retiens surtout deux films qu'il a réalisé (avec le grand Jean-Paul Belmondo) : L'Alpagueur (et sa réplique devenue culte "Café, pousse-café, cigare !") et L'Héritier (très réaliste dans sa représentation des magouilles entre les pouvoirs politiques, industriels et médiatiques). Deux excellents films, en somme.
 
Dommage que son décès a quasiment éclipsé celui de Nicole Croisille (et sa si jolie voix), au même âge canonique de 88 ans. Me vient une autre film avec Belmondo, Itinéraire d'un enfant gâté, dans lequel elle interprète plusieurs titres, donc "Qui me dira ?" qui résonne dans ma tête depuis hier.
Tout un univers Belmondesque qui disparaît, petit à petit. 
 
Et dire que Belmondo nous a quitté en 2021, à l'âge de... 88 ans.
Décidément...
 

 

vendredi 29 avril 2016

Il y a 20 ans nous quittait Mario David.

Mario David
     Il y a 20 ans, jour pour jour, l'acteur Mario David nous quittait. Né en 1927 à Charleville, dans les Ardennes (dans la même ville que moi). Surtout connu pour son apparition dans Oscar (1967), avec Louis de Funès, dans le rôle d'un masseur un peu benêt, Mario David a d'abord été clown, acrobate et dompteur de fauve dans le monde du cirque. Parallèlement, il a effectué une carrière honorable dans le culturisme.

     Par la suite, il sera engagé par Robert Dhéry dans la troupe des Branquignols. Puis c'est Robert Hossein qui l'engagera, en 1954, au Théâtre du Grand Guignol.

Au début de sa carrière d'acteur, Mario David est surtout cantonné aux petites rôles, comme dans Les Cinq Dernières Minutes de Claude Loursais, Vidocq de Marcel Bluwal ou encore Les Dossiers secrets de l'inspecteur Lavardin de Claude Chabrol.

     C'est en 1967 que sa carrière au cinéma décolle, avec son rôle du masseur, dans Oscar, rôle qu'il jouait déjà à partir de 1958 dans la pièce éponyme. 

     Il tournera par la suite avec, entre autre, Michel Audiard, dans Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, Bourvil dans Le Cerveau (1969), où il interprète le rôle d’un antiquaire, avec Jean-Paul Belmondo dans Le Magnifique (1973), où il jouera le contractuel myope, ou encore Patrick Dewaere, dans Coup de tête.

     Sa carrière se fait ensuite plus discrète mais il joue encore avec Belmondo, en 1992 (L'Inconnu dans la maison), puis dans son dernier film, face à François Cluzet, L'Enfer, en 1994).

     Mario David mourra en 1996, d'une embolie pulmonaire à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. En tout, Mario David aura joué dans 96 films, en 40 ans de carrière.

dimanche 3 juillet 2016

Roger Dumas est décédé !


Roger Dumas et Jean-Pierre Marielle, pour
la saison 3 de Chez Maupassant (2011).
     L'acteur et parolier Roger Dumas est mort ce dimanche 3 juillet 2016, à Paris, où il était hospitalisé depuis une douzaine de jours. Il avait 84 ans.

     Né le 9 mai 1932 à Annonay, Roger Dumas état un habitué des seconds rôles au cinéma, il laisse une filmographie impressionnante. Il a notamment joué dans plusieurs films de Claude Chabrol, dont Masques et L'ivresse du pouvoir. Il a également tourné pour Robert Hossein (Pardonnez nos offenses), Alain Corneau (Fort Saganne), Claude Zidi (Association de malfaiteurs), Olivier Assayas (Les Destinées sentimentales), Jean-Marie Poiré (Les visiteurs 2), Philippe de Broca (Tendre Poulet, aux côtés de Philippe Noiret et Annie Girardot ; L'homme de Rio avec Jean-Paul Belmondo), Jacques Deray (Le Marginal, toujours avec Belmondo), ou encore Jean Girault (Pouic-Pouic).

     Mais sa carrière ne se limitait pas au cinéma. En effet, Roger Dumas a également joué dans de nombreuses pièces de théâtre, comme Monte Cristo d'après Alexandre Dumas, Le Retour ou La Cerisaie. En 2006, il avait même obtenu le Molière du comédien dans un second rôle pour Moins deux, de Samuel Benchetrit.

Roger Dumas dans Le Marginal, avec Jean-Claude Dreyfus.
     Autre facette moins connue de Roger Dumas : il a été parolier pour divers interprètes, dont Chantal Goya et Sylvie Vartan. Il a en effet longtemps collaboré avec l'auteur-compositeur Jean-Jacques Debout, mari de Chantal Goya. Roger Dumas est d'ailleurs l'auteur des paroles du générique du dessin animé "Capitaine Flam". C'est également lui qui a écrit les paroles de la célèbre chanson de Chantal Goya : "Ce matin, un lapin...".